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le paradoxe iranien

Je tenais à vous faire partager l’expérience d’un Français en Iran : 

« Passons sur les pays suivants traversés (Soudan, Ethiopie, Tanzanie, DOM de la Réunion, ile Maurice et Inde), aux approches touristiques très variées, pour rejoindre l’Iran, et clore la boucle de notre voyage. L’ancienne Perse est au fond une antithèse de l’Egypte. Inutile de préciser la piètre image de ce pays vu d’occident. Régime islamique fanatique des mollahs, population hystérique brulant des drapeaux US et israéliens, etc. Et pourtant, l’Iran est lorsqu’on la parcourt bien loin de ces stéréotypes. On y rentre relativement aisément, il est meme possible d’obtenir un visa de transit d’une semaine en arrivant à l’aéroport de Téhéran. Dans notre cas après un premier visa de 2 semaines pré-demandé en France par l’intermédiaire d’une agence, nous avons obtenu sans peine sur place une prolongation d’un mois (mieux vaut toutefois se rendre pour cela dans une ville touristique comme Ispahan ou Shiraz qu’à Téhéran). Peu ou pas de controles d’identité, les hotels nous enregistrent sobrement, parfois meme oublient de la faire. On imagine une population cadenacée et on trouve des gens extrement ouverts, curieux des étrangers, sans interessement aucun le plus souvent. On nous aborde très fréquemment pour échanger quelques mots, en commencant invariablement par « Where are you from ? ». La courtoisie naturelle des iraniens est le fruit d’un code de savoir-vivre (nomme ta’arof) profondemment ancré. Il n’est donc pas sur que les différences constatées avec l’Egypte tiennent seulement au caractère peu massif du tourisme. Nous sommes en effet surpris par la liberté de ton de nombreux iraniens qui semblent apprécier la présence de certaines oreilles étrangeres pour se lacher. Nous avons ainsi fréquemment entendu autant de critiques du régime islamique que de la politique américaine. Un exemple cocasse : à une question dans la rue à un jeune iranien sur ces étranges boites sur pied tronant à chaque carrefour (en fait destinées à receuillir des dons pour les déshérités récoltés par des associations), une iranienne vient subitement mettre son grain de sel, allégant que tout va dans la poche de l’Etat ! Et combien de critiques sur la piètre politique économique du gouvernement ou les revenus du pétrole confisqués en haut lieu. Voire sur l’emprise assomante des mollahs pas assez « relax » (dixit un chauffeur de taxi). Ou sur la bombe, qu’un iranien estimait inutile. Ou encore sur une fière iranité que l’on a trop tendance estime t’on ici à allègrement mélanger dans l’arabisme, message ici plus spécialement adressé au visiteur.

Bien sur le pays reste ce qu’il est. Nous avons ainsi pu constater le poids idéologique post mortem de l’imam Khomeini au cours des célébrations de sa disparition (le 4 juin), dans une débauche de commémorations officielles foncièrement hagiographiques.

Mais visiter l’Iran invite aisément à prendre conscience des paradoxes et tensions de cette société complexe et raffinée. Signalons le fort taux d’alphabétisation et d’étude supérieure en Iran, ainsi que la présence de nombreuses librairies en milieu urbain, au contraire de nombreux pays du Proche Orient (cela m’a d’ailleurs beaucoup surpris dans un pays comme la Turquie). Y faire du tourisme ne consiste donc pas uniquement à visiter un musée, une succession de vieille pierres, à l’instar de l’Egypte. L’esprit de dialogue de ses habitants permet de comprendre au moins un peu ce qu’est l’Iran d’aujourd’hui.

Deux pays et deux cultures aux images si diamétralement opposées en occident. Deux formes de tourisme aux deux ordres de grandeur. Et un paradoxe lourd de sens. D’une part une Egypte à l’industrie touristique de masse mais si peu perméable à sa compréhension politique. Un régime largement personnel en plein processus de dynastisation sous la bannière Moubarak, et empreint de fortes tensions internes. D’autre part une Iran si peu attractive aux flux touristiques, au régime politique complexe, ni tout à fait démocrate, ni complètement autoritaire. Mais qui se laisse deviner par un sens de la communication et un esprit critique qui, en dépit de toutes les barrières à leur expression, constituent dejà la base d’une future libéralisation. »

Article complet : http://besoindemirages.top-depart.com/iran/teheran/recits/chronique-d-un-voyageur-qui-voudrait-echapper-un-peu-a-sa-condition-de-touriste–24119.html

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