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Entretien Chirine Ebadi

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Traduction d’un entretien donné par Mme Chirine Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2003 publié sur le site d’information en langue persane Asre no.

Contexte :

Entretien avec Mme Chirine Ebadi

Le 2 janvier dernier, devant la demeure de Mme Ebadi des manifestants, les bassijis (faction radicale instrumentalisée par le parti au pouvoir en Iran) étaient réunis et scandaient des slogans contre elle. « Ebadi soutient les criminels (Israël) ». Ils ont arrachés sa plaque d’avocate collée sur le mur de sa demeure et l’ont piétinée. Ils y ont écrit des slogans contre elle. Elle est accusée de complaisance envers la politique israélienne à Gaza.


Question : Mme Ebadi, quel est à votre avis la raison de ces actions contre vous ?

CHIRINE EBADI : C’est aux personnes qui pratiquent ces actions qu’il faut poser la question.


Question : Lors de votre allocution de prix Nobel vous avez publiquement déploré les massacres que subit la population palestinienne. Mais les Bassijis qui ont attaqué votre maison vous accuse de connivence avec Israël, pourquoi ?

CHIRINE EBADI : Oui, j’ai dans cette même allocution critiqué la prison de Guantanamo. J’ai été une des premières à faire ça. L’opposition iranienne m’avait critiqué en me reprochant d’avoir privilégié une injustice internationale aux injustices perpétuées en Iran. J’ai toujours soutenu la lutte palestienne pour son auto-determination. Ce soutien est visible dans le dernier communiqué publié par le Centre des défenseurs des droits de l’homme (CDDH) (ONG présidé par Mme Ebadi qui vient d’être fermée par les autorités). Ce communiqué peut être lu sur Internet.

Donc, ceux qui m’accusent de collaborer avec les Etats Unis et Israël savent que leur action est déraisonnable et j’ai des preuves qui contredisent leur allégation. Ils connaissent ma position sur le sujet. Mais ils sont instrumentalisés et on leur a demandé de crier ces slogans contre moi. Ils m’ont aussi accusée d’être la porte parole de l’ennemie. La question est de savoir à qui profite ces actions menées contre moi. La réponse doit être donnée par ceux qui les ordonnent.


Question : Pourquoi certaines personnes ne reconnaissent-elles pas vos maintes critiques envers la politique américaine en Irak et en Afghanistan et la conduite des israéliens envers les palestinien ? Ne sont-elles pas informées ou elles font semblant de ne pas l’être ?

CHIRINE EBADI : Un proverbe dit « On peut réveiller celui qui dort mais on ne peut pas réveiller celui qui fait semblant de dormir ». Ceux qui m’accusent de connivence avec les Etats Unis et Israël font semblant de dormir.


Question : Qu’est ce qui les pousse à agir de telle manière ?

CHIRINE EBADI : Pourquoi font-ils semblant de dormir et pourquoi ont-ils peur qui les empêchent de se réveiller c’est à eux de donner la réponse.


Question : Certains disent que la raison de ces pressions est de vous pousser à immigrer, qu’en pensez-vous ?

CHIRINE EBADI : Je peux juste vous dire que je quitterai l’Iran sous aucune contrainte. Je suis une iranienne qui doit vivre et travailler en Iran.


Question : Vous pensez jusqu’où peuvent aller ces pressions ?

CHIRINE EBADI : Cela dépend de l’ambiance global de la société. Si la société civile est calme le gouvernement n’a aucune raison de faire pression sur moi. J’ai toujours agi dans le cadre de la loi et le peuple en est témoin. Donc je ne conseillerai jamais aux jeunes de venir manifester dans la rue, de scander des slogans et d’être violents. Ces actes pousseront le gouvernement à les réprimer violemment. Les expériences passées nous ont appris qu’on n’obtient rien par la violence.


Question : Mais Mme Ebadi, vous avez agi dans le cadre de la loi cela ne les a pas empêché d’agir violemment contre vous.

CHIRINE EBADI : J’agirai toujours dans le cadre de mes droits civiques. C’est le message que je porte

La violence ne résout rien. Ceux qui dans les années 81 et 82 (référence à lutte violente menée par les partis de gauche contre le gouvernement de l’époque qui s’est soldée par des milliers d’exécutions) ont proclamé la lutte armée, n’ont rien obtenu. La victoire est dans la non-violence.


Question : depuis deux jours ils courent des rumeurs sur votre arrestation, qu’en pensez-vous ?

CHIRINE EBADI : Tout ce que j’ai fait ces 30 ans (depuis le début de la république islamique) je l’ai fait dans le cadre de la loi. S’ils veulent m’arrêter et agir contre la loi c’est à eux de voir.


Question : On dirait que vos opposants par ces actions veulent vous transmettre un message, vous savez quel est ce message ?

CHIRINE EBADI : Les défenseurs des Droits de l’Homme sont sans arrêt sous pression dans le monde car ils militent pour leur application et c’est justement les Etats qui les en empêchent. Donc il n’y a pas qu’en Iran qu’existent ces pressions. Elles sont exercées pour les dissuader d’agir.


Question : Vous croyez qu’ils veulent vous empêcher de parler ?

CHIRINE EBADI : Je n’ai pas de réponse à cela je ne suis pas dans leur tête.


Question : Avez-vous contacté les autorités judiciaires du pays pour les informer des pressions que vous subissez ?

CHIRINE EBADI : Oui les autorités sont au courant et je les informerai toujours.


Question : Le président Ahmadinejad a demandé que vous soit accordé une sécurité policière, mais vous avez refusé, pourquoi ?

CHIRINE EBADI : Mon but est de défendre toute la société et m’accorder une protection policière ne résoudra pas la question. La société entière doit se sentir en sécurité pour pouvoir vivre en paix. Je suis désolée d’avoir dû demander jeudi dernier à la police de venir chez moi et sous leurs yeux les manifestants ont détruit ma plaque et peint des slogans sur mon mur. La police n’est pas intervenue. Ma question est : les manifestations de ce genre ont-elles besoin d’autorisation judiciaire ou non ? Alors si c’est non et que la police ne les a pas contrés, alors, pourquoi dès que les femmes manifestent pour demander des droits contre les discriminations subissent-elle une opposition violente. Et si ce genre de manifestation a besoin d’une autorisation alors pourquoi la police n’est pas intervenue contre ceux qui ont manifesté des violences ? Et si cette manifestation a été autorisée quelle autorité leur a délivré cette autorisation ? C’est une question juridique que je pose devant le peuple.


Question : Jusqu’à quand supporteriez vous ces actes illégales ?

CHIRINE EBADI : jusqu’au dernier souffle.


es explications ne sont venues que beaucoup plus tard. Dimanche après-midi 21 décembre, des dizaines de policiers et d’agents en civil ont fait irruption au Centre des défenseurs des droits de l’homme (CDDH), une ONG créée, en 2002 à Téhéran, par le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi et cinq autres avocats iraniens qui défendent depuis des années, gratuitement, les prisonniers politiques.

Près de 300 invités étaient attendus dans les locaux pour la remise d’un prix à un militant des droits de l’homme. La police a fait évacuer, apposant des scellés plombés sur l’entrée. Dans la soirée, les autorités judiciaires ont justifié cette fermeture en accusant le centre de de se livrer à des « activités illégales », ainsi que l’a précisé l’agence de presse Mehr.

Shirin Ebadi, qui n’était pas présente lors de l’intervention policière, a condamné cette action, annonçant que le centre portera plainte. Le prix Nobel de la paix tiendra également une conférence de presse mardi.

PRESSION CONSTANTE

Pourquoi cette brusque fermeture d’un Centre qui publie régulièrement des rapports sur la situation en Iran ? « Parce que dans le contexte actuel de répression, il est devenu la seule voie de recours pour protester contre les arrestations et toutes les exactions », nous a confié, à Paris, Karim Lahidji, avocat proche de Shirin Ebadi et président de la Ligue de défense des droits de l’homme en Iran (LDDHI). « L’Iran, ajoute-t-il, a atteint un record d’exécutions, pratiquement une par jour, y compris des mineurs et des simples d’esprit. Les minorités (notamment les Bahais dont les chefs sont détenus depuis dix mois), les étudiants, les politiciens indépendants : personne n’y échappe. Toute tentative d’ouverture est réprimée : la campagne de récolte de signatures des femmes pour l’égalité a conduit à la condamnation de quarante-deux d’entre elles. Des dizaines de journaux ont été fermés. Et ce pourquoi ? Parce qu’ils dénonçaient une crise économique qui a fait des millions de nécessiteux et la progression de l’usage de la drogue qui frapperait 20 % de la population. Mais la pauvreté et la drogue ce sont aussi des atteintes aux droits de l’homme. »

Shirin Ebadi est sous pression constante depuis des mois, selon ses proches. Outre les coups de téléphone anonymes de menaces, à plusieurs reprises le ministère des renseignements lui aurait demandé avec insistance de fermer les bureaux du CDDEH. Ce qui aurait précipité l’intervention policière, estime M. Lahidji, serait la dénonciation en règle de la situation des droits de l’homme en Iran effectuée devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le 18 décembre. La dénonciation était fondée sur un rapport du secrétaire général, Ban ki-moon, qui lui même reprenait des rapports fournis par le centre de Shirin Ebadi.

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Où se trouve Hossein Derakhshan ?

Hossein au parc de la Villette

Hossein au parc de la Villette

Ca faisait longtemps que je n’avais rien écrit. Il s’est passé beaucoup de choses entre temps. J’ai fait un voyage rapide en Iran, 10 jours, l’élection d’Obama à la présidence des Etats Unis. Il y eu aussi la crise financière qui s’est abattue sur les bourses mondiales rendant les pauvres beaucoup plus pauvres et les riches un peu moins riche.
Mais dans notre univers de bloggeurs iranien, il s’est passé un événement très grave s’est l’arrestation de celui qui a popularisé le blog en Iran. Il s’appelle Hossein Derakhshan. Il a été journaliste pour la presse réformatrice de l’époque de Khatami avant que le guide de la république, Khamenei, ne décide de les fermer. Son blog s’appelle Hoder. Il a résidé au Canada et il a vécu quelques temps à Londres étudiant le post-modernisme à SOAS. Il a vécu pas mal de temps en France ; une histoire de cœur le faisait traverser la Manche.
Il a fait un voyage en Israël pour montrer aux israéliens que tous les iraniens ne sont pas des terroristes et aux iraniens que tous les israéliens ne sont pas des sionistes sanguinaires.
L’Occident l’a déçu, surtout après l’invasion irakienne des Etats-Unis, le Patriot Act et les injustices qui s’en ai suivies, la partialité des ONG et l’islamophobie ambiante bien qu’il se déclarait agnostique.
Il a commencé à défendre la politique d’Ahmadinejad. Etait ce de la provocation, une réaction ou était-il sincère tout cela relève de la liberté d’expression.
Il est rentré en Iran il y a environ deux mois. Mais depuis presqu’un mois nous sommes sans nouvelle de lui. Il avait demandé à sa famille de ne pas diffuser son arrestation tant qu’un organe officiel ne l’ait pas annoncé.

Nous avons décidé nous les bloggeurs de demander au gouvernement iranien d’indiquer où se trouve Hossein Derakhshan et la raison pour laquelle il a été arrêté.

Pour signer la pétition (en anglais)

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